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[ La Presse menace de suspendre sa publication ]

03 septembre 2009   |   Nicolas Ritoux

Les journalistes du quotidien montréalais ont eu une surprise en début de lunch, alors que l'éditeur Guy Crevier leur a envoyé un ultimatum annonçant que l’entreprise pourrait devoir «suspendre» la publication de La Presse et de Cyberpresse dès le 1er décembre, si la direction n'arrive pas à une entente avec le syndicat.

«Comme vous le savez, les journaux d’ici et d’ailleurs font face à un défi réel. Avec sa structure de coûts élevée et confrontée à l’effondrement de ses recettes publicitaires, La Presse ne fait pas exception. Son modèle d’affaires actuel n’a aucune chance de survivre», a écrit Guy Crevier à ses employés.

Ce communiqué survient alors que la direction de La Presse vient d'accepter de donner à la firme MCE Conseils, mandatée par le syndicat, les détails de ses données financières du 1er janvier au 31 août 2009.

La firme devrait rendre son rapport autour du 1er novembre. «À ce moment, nous serons près de la date critique à laquelle le plan de réduction de dépenses devra être mis en place afin d’atteindre les objectifs fixés pour le maintien de notre emprunt bancaire», juge Guy Crevier.

«À défaut d’un règlement à cette date, la publication de La Presse sera suspendue, sur papier et sur Cyberpresse. Il est de mon devoir de vous en informer dès maintenant», conclut-il.

Selon Caroline Jamet, vice-présidente des communications de La Presse interrogée par la Presse Canadienne, les employés devront contribuer de façon importante aux réductions de coûts nécessaires, faute de quoi le journal de 125 ans cessera de paraître, n'étant plus capable de maintenir ses activités sous son modèle d'affaires actuel. Des institutions financières sont prêtes à aider le journal à «migrer vers un nouveau modèle», mais il manque le règlement d'une entente avec les employés pour «compléter l'équation».

Plusieurs journalistes de La Presse ont accueilli publiquement la nouvelle avec amertume ou avec un humour teinté de déception, ce midi, dans Facebook et Twitter. Ceux à qui nous avons parlé ont refusé d'être cités dans cet article, même sous le couvert de l'anonymat.

L'expression «guerre de nerfs» a cependant été utilisée pour désigner l'attitude du patronat, qui a choisi d'adresser directement son ultimatum à tous les employés plutôt qu'à leurs représentants syndicaux.

Comme le rappelait la semaine dernière le bulletin de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, les négociations sur le renouvellement de la convention collective des employés de La Presse sont soumises à plusieurs obstacles importants.

Le patronat demande une semaine de travail de cinq jours au lieu de quatre, un allongement de la durée de travail de 32 à 35 heures, une réduction de salaire de 6 %, l'élimination de cinq postes permanents, et une diminution de sa contribution aux assurances collectives.

Le syndicat des travailleurs de l'information (STIP), de son côté, demande d'unir La Presse et Cyberpresse sous la même entité légale avec la même convention collective; et surtout, le syndicat demande de supprimer tout recours aux pigistes avant d'abolir un seul poste permanent. Cela impliquerait le retrait de pigistes-vedettes tels que Bruno Blanchet ou Stéphane Laporte, et plusieurs contributeurs des cahiers Auto, Vacances-Voyages et Mon Toit.

L'auteur de ces lignes a lui-même été pigiste sur une base régulière pour La Presse, mais a cessé toute collaboration dans les derniers mois.
Avec PC

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