[ Les câblos crient à la «taxe sur la télévision» ]
05 octobre 2009 | Nicolas Ritoux
|
|
|
|
Nouvelle étape dans la querelle entre câblodistributeurs et diffuseurs généralistes à l’approche des audiences du CRTC sur l’avenir de la télévision locale : les câblos lancent NonalataxeTV.ca, où les réseaux sont accusés de concocter une nouvelle «taxe à la télévision».
Face à l’offensive Web LocalTVMatters.ca lancée en septembre par CTV, ‘A’, Global et la SRC, les distributeurs de câble et de satellite Bell, Cogeco, Eastlink, Telus et Rogers viennent de mettre en ligne le site NonalataxeTV.ca (StopTheTVTax.ca), qui vise lui aussi à influencer l’issue des audiences du CRTC sur l’avenir de la télévision locale, prévues pour le 16 novembre et le 7 décembre.
Le site présente une explication en vidéo, pendant laquelle le mot «taxe» est très abondamment utilisé pour désigner les redevances réclamées par les diffuseurs généralistes pour financer leur programmation locale (jusqu’à maintenant, seules les chaînes spécialisées touchent des redevances sur les abonnements du câble et du satellite).
«Ils appellent ça un tarif de distribution : mais cela signifie que vous devrez payer une autre taxe», dit une voix masculine dans la vidéo.
«Les grands réseaux de télévision disent que cette taxe ne fera pas trop mal. Mais la plupart des abonnés devront payer de 5 à 10 dollars de plus chaque mois. Ils prétendent que leur nouvelle taxe sauvera la télévision locale. Mais comment en être certain? Ils ne garantissent pas qu’ils ne l'utiliseront pas plutôt pour accroître leurs profits d'exploitation qui l'an dernier ont été de 400 millions. (...)
Cette taxe ne servira pas, et pourrait augmenter à tout moment. Ce n’est pas un tarif de distribution, c’est une taxe. (...) Allez, le Canada, c’est assez! Joignez-vous aux autres Canadiens qui veulent empêcher que cette taxe devienne réalité!», entend-on en outre dans la vidéo de deux minutes.
Le lancement du site est soutenu par des annonces imprimées, radio et télé, créées par Publicis.
Cette offensive sémantique autour de l’idée d’une «taxe» fait écho aux communiqués émis début juillet par Bell, Rogers et Vidéotron, dans lesquels ces distributeurs promettaient des hausses sur leurs factures si le CRTC acceptait de prélever 1,5 % de leurs revenus pour financer le Fonds pour l'amélioration de la programmation locale.
Les diffuseurs généralistes avaient alors rétorqué que «les distributeurs de câble et de satellite payent plus de 300 millions en redevances à des chaînes américaines qui n'ont aucune obligation de produire du contenu canadien, pendant que les diffuseurs de télévision locale ne reçoivent rien.»
Pour ajouter à cette querelle entre distributeurs et diffuseurs généralistes, un rapport du Comité parlementaire du Patrimoine publié en juin a rejeté l'idée d'imposer le versement de redevances d'abonnement aux télévisions généralistes.
En mai, un sondage de M2 Universal indiquait que la majorité (42 %) des téléspectateurs canadiens préféreraient annuler leur abonnement aux chaînes généralistes sur le câble ou le satellite plutôt que de payer une redevance supplémentaire. D’un autre côté, 26 % disaient être prêts à abandonner certaines chaînes spécialisées pour conserver les généralistes. Seulement 16 % seraient prêts à payer plus pour conserver leur sélection de chaînes actuelle.
Le ton entre les deux camps n’a cessé de monter depuis le début des audiences du CRTC sur le renouvellement des licences de CTV, de Radio-Canada et de TVA au mois d’avril, alors que ces trois réseaux avaient exprimé leur souhait de toucher une part des redevances d’abonnement des distributeurs.
C’est la troisième fois en trois ans que cette demande revient devant le CRTC, qui l’a déjà rejetée deux fois en raison de menaces des distributeurs de faire passer la facture à leurs abonnés. Cèdera-t-il cette fois-ci?



