[ Quotidiens en péril et journalisme en déroute au Webcom Montréal ]
22 octobre 2009 | Nicolas Ritoux
Matyas Gabor de w.illi.am en préparation de sa conférence
Éric Lacroix présente son sondage sur le «virage Web 2.0»
Benoît Descary dévoile les promesses de Google Wave
L'éditeur du défunt Rocky Moutain News, John Temple
Sylvain Carle de Praized, organisateur du WebCamp
«Web 2.0 et action», un sujet du jour au Webcamp
La 7e conférence internationale Webcom Montréal se termine en fin d'après-midi au siège social de l'OACI à Montréal. Au programme : le journalisme à l'heure du Web, des entreprises québécoises encore timides, du «marketing d'attention», Twitter à toutes les sauces et de l'action 2.0.
«À l'approche de l'Halloween, c'est le moment tout indiqué pour vous livrer mon témoignage de fantôme; je suis quelqu'un de l'au-delà venu vous rappeler quelques principes que j'ai eu le temps de digérer», a déclaré dans une des conférences matinales John Temple, l'ancien éditeur du quotidien Rocky Mountain News de Denver, qui a cessé de publier le 27 février après 149 ans d'existence.
Selon M. Temple, c'est le Web qui tué «son» Rocky, mais il prend toute la responsabilité de l'échec. «Nous avions un site Web, mais nous l'avons toujours considéré comme un complément plutôt que de lancer une toute nouvelle plateforme. Comme beaucoup de journaux, nous avons fait tous nos choix en fonction de l'imprimé, et non en fonction du Web qui n'était pour nous qu'un vecteur d'abonnements papier. Nous passions notre temps à faire la guerre à notre concurrent, le Denver Post, mais le champ de bataille avait changé sans qu'on s'en rende compte. Jusqu'au dernier moment, nous pensions être en contrôle, mais ce sont les individus qui avaient pris le contrôle», a témoigné M. Temple avec un brin de nostalgie dans la voix.
Lorsqu'il s'est agi de nommer des solutions prometteuses pour les quotidiens, M. Temple a avoué qu'elles n'existaient pas encore, mais qu'une chose est sûre : le problème de l'industrie des journaux est le journal.
Après la conférence d'ouverture du consultant américain Shel Holtz, qui incitait son public lève-tôt à adopter plus de transparence dans l'entreprise, le vice-président Solutions Web chez SOM, Éric Lacroix, a révélé les résultats d'un sondage sur le «virage Web 2.0», effectué auprès de 368 représentants d'entreprises ayant participé au dernier Webcom.
Les deux tiers des répondants disent être passés au Web social (Twitter, Facebook, Linkedin et compagnie) au cours de la dernière année. Mais 61 % attendent «des exemples de succès avant de s'engager plus à fond dans cette direction».
Parmi les autres conférenciers du matin, Benoit Descary est venu présenter Google Wave, la nouvelle plateforme de communication du géant de la recherche qui intègre en une seule interface le courriel, le clavardage, la collaboration sur des documents, l'échange de photos et le microblogue.
Lorsqu'il sera disponible au grand public au printemps 2010, Google Wave (pour l'instant utilisé par un échantillon d'évaluateurs) donnera naissance à un «écosystème de services en ligne, tous réunis dans la même page. Les entreprises pourront déployer leur propre Wave sur leurs serveurs pour proposer des forums de soutien et autres outils de service à la clientèle de façon ultra-flexible et facile d'emploi», a déclaré M. Descary, visiblement enthousiaste, lors d'une entrevue hier. «Mais qui sait ce qu'on en fera réellement? Au début de Twitter, une poignée de geeks s'en servaient uniquement pour se dire qu'ils allaient au restaurant...»
Le Français Manuel Diaz, du Groupe Reflect, est venu présenter sa vision du «marketing d'attention» autour du cas de Panasonic.
Catalina Briceno de Salambo Productions est revenue sur la stratégie publicitaire des Têtes à Claques auprès d'annonceurs comme Microsoft, Hitachi, Doritos et Sony. D'autres ont parlé de la Webtélé ou de l'utilisation de Twitter en entreprise.
Mais le plus gros des échanges ont eu lieu autour du sort des médias traditionnels et particulièrement du journalisme à l'heure du Web 2.0, réunissant autour de diverses conférences et ateliers les journalistes Bernard Descôteaux du Devoir, Claude Beauregard des Affaires, Philippe Marcoux de Radio-Canada, Raynald Leblanc de RueFrontenac.com, Arnaud Audron de Rue89.com, Ludovic Blecher de Libération, Dominic Arpin, Stéphane Garneau, Michel Dumais et Jeff Mignon, et les éditeurs de contenu Web Geneviève Rossier de Radio-Canada, Patrick Pierra de Branchez-vous.com, Patricia Tessier de Sun Media et Stéphane Bousquet de l'ONF.
Les agences de pub sont-elles encore nécessaires? C'est ce qu'ont examiné en début d'après-midi Dominique Trudeau de bleublancrouge, Martin Ouellette de Provokat, Benoît L'Archevêque de Génération Pub, Philippe Le Roux de Phéromone et Philippe Fehmiu de Radio-Canada. L'enjeu principal abordé durant cet atelier était la nécessité pour les agences de créer de véritables expériences et contenus de marque au-delà de la simple production de campagnes, sous peine d'être mises de côté pendant que les médias proposent directement des produits publicitaires aux annonceurs. Nous n'avons malheureusement pas pu assister à cet atelier à l'heure d'écrire ces lignes.
Une fois de plus, certains artisans de la communauté 2.0 montréalaise s'étaient réunis à l'étage supérieur de l'édifice pour organiser leur propre congrès «off». Sous forme de «forum ouvert» où chaque participant annoncait ses thèmes de discussion sur un tableau pour organiser des groupes spontanés, la 5e édition de Webcamp Montréal a regroupé une vingtaine d'experts des médias et services en ligne dont Patrick Tanguay, Daniel Mireault, Sébastien Paquet, Bruno Boutot, Martin Lessard et Sylvain Carle.
Photos : Nicolas Ritoux


