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[ Gestion de crise 2.0 pour Première Moisson ]

14 octobre 2009   |   Nicolas Ritoux

Les boulangeries Première Moisson ont répondu au 2.0 par le 2.0, suite à «l'affaire des souris» qui a défrayé la chronique sociale depuis qu'un citoyen a diffusé samedi soir la vidéo de deux rongeurs dans la succursale de l'avenue du Mont-Royal.

«Tout a commencé à New York», amorce Stéphanie Quirion, relationniste chez Kilicom pour le compte de Première Moisson. «Mon associée Marie-Josée Gauvin y était lorsqu’elle a reçu sur son Blackberry un message du service de veille de mots-clés Google Alerts, l'informant qu'un vidéo sur YouTube mentionnait des souris dans une succursale de Première Moisson.»

«Aussitôt, nous avons pris contact pour fermer la succursale, mais nous avons appris qu'elle était en fait en travaux suite à des infiltrations d'eau dues à des travaux de la Ville. Les souris avaient dû s'introduire à cette occasion.»

Sitôt vu, sitôt corrigé : la succursale a été fermée, jusqu'à la fin des rénovations qui devraient s'étendre toute la semaine. Mais il était trop tard : la machine sociale était déjà en marche.

«Plein de gens se sont mis à mentionner la vidéo dans Twitter et Facebook, puis ça a été repris par un autre vidéaste qui se disait journaliste citoyen. Ça a tourné de plus belle. Des gens ont commencé à élaborer toutes sortes d'explications dans Twitter», poursuit Mme Quirion.

On peut voir ici le reportage spontané du journaliste citoyen en question, Pierre Côté, fondateur du studio Gramsclo et pionner des nouveaux médias au Québec (il a créé le portail culturel Cyberblack pour la bière Black Label de Molson, dès 1995).

Tout de suite, l'équipe de Kilicom est passée en vitesse 2.0 avec l'aide de Jean-Maurice Breton de CommunicationsBreton et l'aval de Première Moisson.

«Évidemment, nous avons voulu rétablir les faits immédiatement. Nous avons ouvert un compte YouTube, une page Facebook et un fil Twitter où nous avons choisi de diffuser notre propre vidéo d'explications avec beaucoup de transparence puisqu'on avait rien à cacher. C'est malheureux mais les dégâts d'eau sur le Plateau Mont-Royal sont des choses qui arrivent...», explique Mme Quilion.

«À présent, les choses vont mieux, les commentaires ont cessé de s'emballer à notre sujet. Les gens ont commencé à parler de notre propre vidéo, et nous avons réussi à maintenir notre image d'entreprise qui prend les choses en main lorsqu'un incident comme celui-ci arrive. Maintenant, la succursale va se servir de son nouveau compte Twitter pour informer les gens du quartier de la suite des choses», conclut Mme Quilion.

L'auteur de la vidéo qui a mis le feu aux poudres sociales est Laurent Rabatel, président de l'agence numérique Lichen. Selon lui, cette histoire est avant tout une belle illustration des dérives que prennent parfois certains sujets dans le Web 2.0.

«J'ai diffusé ce vidéo en quelques minutes avec mon iPhone, alors que je rentrais du cinéma avec ma conjointe. J'ai trouvé ça drôle au départ. J'avais moi-même eu des souris à la maison deux jours avant. Et puis, l'alliance naturelle du boulanger et de la souris est un grand classique des livres d'enfants. Mais j'ai pu constater à quel point on peut pousser la machine avec les anecdotes les plus futiles, alors que des sujets bien plus sérieux ne sont jamais repris», déclare M. Rabatel, un spécialiste du Web à qui on doit dernièrement la maison d'édition numérique Robert ne veut pas lire.

Observateur des phénomènes médiatiques, M. Rabatel est aussi derrière Bébé Web, un faux service de surveillance de poupons par webcam, qui lui a donné la première page du Journal de Montréal et vingt minutes chez Paul Arcand il y a quelques années, alors qu'il s'agissait d'un canular.

«Une fois de plus, dans ce cas-ci, personne n'a même cherché à vérifier l'authenticité de mon vidéo, pas même les "journalistes citoyens" qui se sont impliqués», s'amuse M. Rabatel.

«J'ai vu des gens poser des questions vraiment intenses dans Twitter au sujet de ces souris, des théories du complot incroyables. Certains se révoltaient que les médias n'en parlent pas; mais les médias ont peut-être autre chose à faire le samedi soir!»

«Première Moisson a très bien réagi, c'est astucieux ce qu'ils ont fait. Je crois qu'ils ont vraiment pris la bonne stratégie de réponse», reconnaît M. Rabatel.

«Ce qui m'agace un peu dans cette affaire, c'est que si on marche sur la même avenue, on peut voir des personnes sans abri dormir sur le trottoir dans des conditions effroyables. Mais personne n'en parle autant dans Twitter que de mes deux souris, dont on ne connaitra jamais les noms. C'est ça le Web!»

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